Ce public qui ne réussit pas l’à la manière de

Par Michel M. Albert

Comme arbitre, ça nous a arrivé au moins une fois, probablement plus. On a préparé une à la manière de complexe et riche, on l’a bien expliquée aux équipes (souvent en avance par l’entremise d’un texte et pour leur donner le temps de faire leur propre recherche), une des équipes maîtrise très bien le style, on est satisfait, et là…

Et là, le public et/ou les juges de salle votent pour l’équipe qui l’a moins bien réussie, ou pas bien réussie du tout.

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Le pire, c’est que c’est un peu la faute de l’arbitre, ou plutôt de l’auteur qu’il a choisi. Par exemple, si le travail de l’auteur utilise la répétition, le « platte », la lassitude, le manque d’émotion et d’énergie pour créer un effet, et qu’une équipe réussit cela à perfection, on ne peut pas blâmer le public de plus apprécier l’impro énergétique offerte par l’équipe qui a, dans les faits, manqué le bateau.

Parce que bien que l’arbitre a fait ses lectures ou visionnements, et que les équipes sont sensées les avoir fait ou au moins ont absorbé les commandes de l’arbitre, les membres du public – y compris ces juges de salle – ne l’ont sûrement pas tous fait! Ce serait trop en demander dans la plupart des cas (à moins que l’auteur est bien ancré dans la culture populaire, et même là). L’équipe qui a bien rendu le style en produisant ce qu’on pourrait appeler de l’anti-impro a, dans le fond, fait un sacrifice. Elle a élargi ses horizons, poussé ses capacités en expérimentant, plu à l’arbitre, mais aussi, risqué de perdre le point.

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Rectificatifs
On ne peut pas faire grand-chose pour éduquer le public. On peut punir et expliquer le non-respect de la catégorie quand une équipe était véritablement dans le champ, mais en aucun cas cela ne garantie un vote dans le bon sens (je dirais même que cela n’a pas d’impact sur monsieur/madame tout le monde). Et puis, on ne veut pas toujours punir; l’équipe qui a moins bien réussi a tout de même réussi. On peut, à la limite, donner une brève explication au public à la lecture du thème, mais les nuances s’y perdent.

Avec le juge de salle, on a beaucoup plus d’opportunités. Ce dernier est membre de la même équipe d’officiels que l’arbitre. Il va donc de soit pour le juge de salle de faire sa recherche au préalable comme s’il allait jouer le tournoi lui-même. L’arbitre devrait, de plus, trouver du temps (par exemple, le premier soir d’un tournoi) pour expliquer ce qu’il recherche à ses juges, et leur donner l’opportunité de poser des questions et d’obtenir des éclaircissements.

Et si tout ça résulte quand même en un vote avec lequel l’arbitre n’est pas d’accord, sans rancunes, le respect de la catégorie n’est pas le seul critère qui décide de la qualité d’une impro. Et l’arbitre pourrait faire bien pire que d’aller voir l’équipe qui aurait mérité le sien et lui dire que leur impro l’a flatté.

De l’encouragement de la sorte peut valoir bien plus qu’un vote.

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