Le thème répété

Par Michel M. Albert

À travers l’improvisation comparée, l’improvisateur a dans sa boîte à outil la notion qu’un thème peut être joué plusieurs fois et doit, forcément (pour avoir du succès du moins), être rejoué de façon substantiellement différente. C’est en fait une erreur que d’exploiter un thème de la même façon, du même angle, que la première équipe quand on passe en deuxième, même si on avait essentiellement le même caucus.

Il y a une couple de façons de s’en assurer. La plus probable met le poids sur les épaules d’un joueur particulier (le « go-to » ou le capitaine, peut-être). Ce dernier, quand il voit l’idée de son équipe se dérouler entre les mains de ses adversaires, doit commencer à penser à une alternative, puis la guider, sans avoir pu en parler à son équipe. L’écoute est de mise, et c’est le risque que l’on prend à passer deuxième.

L’autre moyen, plus fertile, est de préparer une équipe en conséquent. L’entraîneur peut, en fait, forcer le thème répété en pratique, jusqu’à ce que ses joueurs puissent 1) créer naturellement des alternatives à l’interprétation du thème, ou 2) instinctivement explorer des 2e et 3e niveaux qui assurent généralement une exploitation différente de ce qu’une équipe l’autre bord de l’arène pourrait imaginer.

L’entraîneur forcera donc la même équipe à jouer les deux comparées, chaque fois de façon substantiellement différente. Seulement deux comparées? Non, on continue. Trois, quatre, cinq, en fait jusqu’à ce que ni les joueurs, ni l’entraîneur lui-même, ne peuvent penser à une nouvelle interprétation. L’exercice n’est sans doute pas terminé tant que les joueurs ne sont pas frustrés. En laboratoire, on n’a pas besoin de se tenir au reste de la carte. L’entraîneur (ou les joueurs eux-mêmes) peut donc suggérer de jouer le thème en mimée cette fois, ou pour 8 minutes ou alors 30 secondes, avec un seul joueur ou toute l’équipe. Dans ces permutations, les joueurs trouveront de nouvelles approches qui pourront ensuite être déployées en Libre pendant un match.

Oh, l’équipe adverse vient de nous voler notre idée? Ça peut être aussi simple que de la refaire en chantée ou en dramatique. On change le ton de l’impro, on change tout, et puis si le public ne trouve pas l’idée de base très différente, il sera sans doute charmé par l’effort de se donner une difficulté de notre propre chef. Et quand le thème est un peu trop spécifique pour des plongées dans la métaphore, c’est peut-être notre seul recours.

En pratiquant le thème répété activement, les joueurs perdent leur frustration par rapport à la comparée, et aussi sont encouragés à voir le thème sur différents angles, augmentant la variété de leurs impros, apportant une fraîcheur qui se traduit normalement en l’approbation du public et des juges.

Vous voulez écrire un article? Communiquez avec nous à improvisationnb@gmail.com!

Laisser un commentaire