La fin de la 30 secondes?

Par Isabel Goguen

Lorsque l’on pense aux durées typiques d’improvisations, on imagine souvent des 2 minutes, des 3 minutes, des 4 minutes. Dans le passé, la 30 secondes aurait pu apparaître dans cette liste, mais c’est une durée qu’on voit de plus en plus rarement lors de matchs aujourd’hui. Est-ce que l’on a abandonné la 30 secondes? L’a-t-on éliminé de nos barillets sans vraiment le dire tout fort? Est-ce qu’elle mérite toujours sa place?

L’improvisation de 30 secondes est un défi de construction d’histoire, d’efficacité et de gestion du temps. Elle force les joueurs a concentrer et condenser les éléments d’histoires à leur plus simple afin de transmettre l’information nécessaire pour comprendre la conclusion, sans manquer de temps pour s’y rendre, ni vendre la mèche trop tôt. Il faut donc faire des choix quant à quels éléments présenter, et ces choix auront un impact direct sur la réussite de l’improvisation. C’est également une des seules durées qui encourage, voire impose, que la conclusion à l’improvisation se décide en caucus. Elle nous apprend à être attentifs au passage du temps, et à guider activement nos improvisations vers une fin cohérente, surprenante, amusante, etc. Ces capacités sont autant utiles et importantes lors d’improvisations plus longues, mais on accepte plus facilement que le sifflet ait sifflé dans le milieu d’une action ou péripétie lors d’une improvisation de 8 minutes que lors d’une 30 secondes.

L’hésitation d’un arbitre à utiliser la 30 secondes est certainement compréhensible. Un match habituel de 8 improvisations n’offre que 3 comparées et normalement, l’une d’elles est une catégorie. La comparée permet aux équipes de présenter leurs approches artistiques sans devoir faire des compromis avec l’autre équipe. Comme les 30 secondes sont nécessairement des comparées, est-ce que l’on veut réellement réduire la durée d’une comparée et conséquemment, les opportunités offertes aux équipes de faire briller leur style?

Puisque l’on favorise progressivement des durées plus longues, est-ce que proportionnellement, la 1 minute est la nouvelle 30 secondes? La 1 minute est étrange. C’est très court, mais en même temps un peu long. C’est une improvisation qui fait appel à des habiletés semblables à la 30 secondes, mais elle impose qu’on développe une histoire un peu plus longue ou complexe avant de se rendre à sa conclusion, qu’elle soit planifiée en caucus ou non. L’approche à la 1 minute a donc philosophiquement un pied dans la 30 secondes et un autre dans la 2 minutes. Et je propose qu’il n’est pas rare qu’on approche la 1 minute comme si elle était une 30 secondes, et que conséquemment, on étire un ou des moments dans l’improvisation beaucoup trop longuement afin de remplir le temps avant qu’on puisse raisonnablement lancer notre punch final ou notre conclusion. Donc, en pratique, est-ce que la 1 minute joue le même rôle que la 30 secondes ou est-ce qu’elle est secrètement une 30 secondes, mais avec plus de patinage?

Est-ce que l’on devrait utiliser la 30 secondes dans un match typique? Ou est-ce qu’elle a plus sa place dans un match de 12 improvisations, où on y voit plus de comparées? Ou encore, la bannir complètement des matchs traditionnels et seulement en faire usage lors de spectacles prenant un différent format comme un spectacle défis? Fondamentalement, le match d’improvisation est un spectacle de variétés qui vise explorer différents types de défis. La 30 secondes appuie cet objectif de créativité tout en mettant en valeur des capacités essentielles de la boîte à outils d’un improvisateur. Elle a sa place et un rôle à jouer, même si elle reste moins fréquente que les autres durées.

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