Par Michel M. Albert
Évidemment, les spectacles d’impro non compétitifs, ainsi que certaines ligues d’impro compétitive, n’utilisent pas de bandes. La raison peut être financière, logistique ou artistique, mais il n’est pas donné qu’un impro-match s’en sert nécessairement.
Ma question : Comment cela change-t-il le jeu en vertu de l’effet psychologique que peut avoir cette décision de mise en scène?
Pour le joueur, l’absence de bandes semble avoir des bénéfices physiques notables. Les joueurs plus courts qui ont lutté souvent avec de trop hautes bandes se reconnaîtront ici, mais les joueurs de toutes formes connaissent très bien la douleur du mystérieux bleus du lendemain, ces ecchymoses qui sont sans doute le résultat de se cogner sur un morceau de bande sans s’en rendre compte.
Mais de plus, sans la bande, le caucus est plus facilement déployé en action, et sans l’option de facilement se placer en position neutre où le public ne peut remarquer le joueur, on allouera le retour au banc, quitte à ce que les joueurs puissent se reconsulter. C’est ce que j’appelle une bande poreuse. La limite existe de façon plus abstraite, grâce à une scène surélevée ou une ligne en ruban gommé, mais se traverse, dans les deux sens, pendant une impro. Un joueur peut tout simplement se pencher vers la scène, se mettre les mains dans l’aire de jeu, et faire des interventions sans complètement « entrer », ce qui offre des possibilités artistiques intéressantes en soi.
Donc hormis son utilisation comme banc ou socle (usages qui peuvent se remplacer par un cube ou une chaise à l’intention des joueurs), tout semble indiquer que la bande, bien que décor attrayant, soit plus obstacle que bénéfice. Ayant récemment vécu un Zèbre d’Or sans bandes, j’ai pu observer qu’il existe une valeur psychologique à la barrière physique représentée par les bandes. En effet, sans celles-ci, les joueurs avaient beaucoup plus de facilité à entrer (un bénéfice pour les joueurs timides, peut-être), et à entrer en grands nombres. J’explique :
Dans un impro-match avec des bandes, les « troisièmes joueurs » ont tendance à s’accumuler le long des murs, en position neutre. C’est une indication de combien de joueurs sont « en jeu » et font les autres repenser leur désir d’entrer. Avec une bande poreuse, on s’en retourne sur le banc après l’intervention et le prochain joueur (parfois aussi, le même joueur) se sent plus libre de rentrer faire son idée. Résultat : Un overload de la glace, peut-être pas dans un même moment, mais sur la durée de l’impro, minant la capacité de ses moteurs de livrer une histoire cohérente et satisfaisante.
En quelques sortes, la bande poreuse met tout le monde en jeu, tout le temps. L’histoire n’est qu’à un pas vers l’avant. Négocier le saut d’une bande crée un délai d’une seconde qui, psychologiquement, est assez pour nous faire évaluer si « on a le temps » de faire notre intervention, et si elle en vaut la peine. Les bandes sont un peu comme des douanes. Des fois l’idée passe, des fois elle ne passe pas.
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