Par Isabel Goguen
Le caucus vient de se terminer. L’équipe a choisi un moteur et l’impro commence. Les autres membres de l’équipe s’assoient. Quel est le rôle de ces joueurs sur le banc pendant une impro? Est-ce qu’ils restent actifs ou prennent une pause?
Pendant la comparée de l’autre équipe, il ne faut évidemment pas communiquer avec ses co-équipiers. Il est important de respecter l’impro qui se joue. Cependant, au besoin, on peut continuer le caucus silencieusement dans sa propre tête pendant qu’on écoute l’impro. Ceci est un outil particulièrement utile lorsqu’on réalise soudainement que l’équipe en jeu a eu la même idée que nous et qu’il faut rapidement trouver une alternative. On a donc un peu de temps de plus pour réfléchir aux autres idées lancées en caucus, aux concepts complètement différents, ou aux autres façons d’interpréter le thème. Il faut simplement attendre que l’impro se termine pour partager nos idées en vitesse avec les autres joueurs.

En mixte ou pendant sa propre comparée, une équipe peut continuer le caucus en chuchotant des idées possibles entre joueurs. Il faut toutefois être conscient de notre volume. On ne veut pas distraire de l’impro en parlant tellement fort qu’on entend plus le caucus que le jeu! Un danger du caucus continu est d’oublier d’écouter l’impro en cours, et par conséquent, travailler avec des informations qui ne sont plus à jour. Par exemple, les personnages sont à la plage, et donc les joueurs sur le banc jasent de situations appropriées pour ce lieu, puis éventuellement se décident qu’il y aura un requin dans l’eau. Mais pendant qu’ils n’écoutaient pas, les personnages ont quitté la plage et sont maintenant en train d’allumer le BBQ dans la cour du chalet. Un joueur entre comme le requin, et les personnages ont maintenant la tâche difficile d’expliquer pourquoi il y a un requin dans la cour. C’est donc important de toujours tendre une oreille à l’impro pour éviter de causer des malaises ou des punitions. Les choses changent rapidement et les troisièmes personnages doivent suivre le pas.
De plus, il est très facile d’hésiter tellement longtemps que son idée ne s’applique plus. On ne veut pas déranger l’impro, donc on observe et observe pour décider si son idée à sa place. Finalement, on manque le bateau. L’impro a avancé dans une direction qui ne fait plus de sens avec son idée, et on reste sur le banc. C’est comme quand on joue : une fois qu’on a une idée, il faut prendre une décision très rapidement quant à si on l’utilise ou non. Les bonnes idées méritent leur chance de briller et les joueurs qui les ont eu aussi! L’hésitation les en empêchent.

Cela étant dit, est-ce qu’il y a des moments où c’est bon de s’empêcher de rentrer? Bien sûr, s’il y a un nombre en jeu imposé par l’arbitre et que celui-ci a déjà été atteint, on reste assis et on a le plaisir d’être spectateur d’une impro. C’est aussi important d’identifier si l’impro va bien et n’a besoin de rien. Parfois, les joueurs sont dans la « zone ». Les interactions entre les personnages sont captivantes, un style s’est établi, l’histoire progresse. L’ajout d’un personnage ou d’une situation serait au détriment de l’impro, ralentissant ou brisant le momentum, la magie, ou le but de celle-ci. Ce n’est pas pour dire que chaque fois qu’on entre dans le milieu d’une impro, on la ruine. Souvent un troisième personnage est très bienvenu! On veut surtout prendre une fraction de seconde pour se poser des questions telles que : « Est-ce que l’impro a besoin de mon idée? D’un personnage de plus? D’une nouvelle situation? », « Est-ce qu’il est trop tôt pour ajouter une nouvelle idée? Est-ce que les idées déjà proposées ont eu la chance d’être explorées? », « Qu’est-ce que mon idée apporte? ».

Si l’impro n’a besoin de rien, on peut s’asseoir et regarder les joueurs en jeu être bons, tout en restant attentif au cas où les choses changent. Juste parce que l’impro roule bien présentement, ne veut pas dire qu’elle n’aura pas besoin de quelque chose d’ici sa fin. Mais sinon, il y a de la valeur à se reposer un peu pendant une impro pour être prêt à entrer dans une prochaine. Un joueur fatigué est un joueur qui ne joue pas à son plein potentiel.
Donc, être sur le banc c’est aiguiser ses capacités d’observer, d’analyser, de prendre des décisions rapidement et parfois, de rester assis et ne rien faire.
Vous voulez écrire un article? Communiquez avec nous à improvisationnb@gmail.com!