Par Samuel Doucette
Souvent, on va diviser ses habiletés d’improvisation en deux catégories : le jeu verbal et le jeu physique. La première, qui est normalement la plus évidente, décrit la manière dont on va utiliser sa voix pour communiquer une idée. La deuxième, elle, parle plutôt de la manière dont on utilise son corps et son environnement pour la communiquer. Les deux sont complémentaires, mais le jeu physique est plus souvent subtil, ou même parfois ignoré. Si on se cherche donc un outil pour s’améliorer ou se diversifier dans cet aspect, une piste à prendre serait d’explorer la mise en scène.

C’est quoi la mise en scène
Pour le résumer simplement, la mise en scène représente la manière dont les interprètes ou les éléments d’une scène vont se comporter afin de communiquer l’intention de la scène. Personne A entre par la porte à gauche ; la table est au centre de la salle et personne B la brise en deux ; les lumières s’assombrissent pour indiquer qu’il est maintenant la nuit… Ce sont tous des exemples de la mise en scène. Elle comprend n’importe quel détail qui établit un environnement, et la façon dont on interagira avec.
En impro, on n’a généralement pas la liberté de jouer avec des objets physiques, des lumières, des sons, etc. Mais cela ne limite pas les possibilités de la mise en scène. On n’a qu’à être un peu plus créatif et à se fier à des concepts plus abstraits qui sont utiles dans une grande production théâtrale, tout comme dans une petite arène.
Se tenir face au public
On s’est surement tous fait dire au moins une fois dans notre carrière d’improvisation que l’on doit « se tenir face au public » quand on joue. Ce qu’on veut dire par cette phrase, c’est que l’on ne veut pas que l’on joue avec notre dos tourné vers la foule. Et cela fait du sens lorsqu’on y pense. Notre voix se projette mieux quand elle ne rebondit pas en premier sur le mur arrière, et ça permet à la foule de mieux voir nos expressions faciales et nos mouvements corporels.
Mais ce n’est pas toujours évident de faire face au public. C’est donc là que l’on doit briser les conventions d’une interaction du monde réel. Par exemple, lorsqu’on a deux personnages qui se parlent, on peut avoir tendance à vouloir se tenir l’un devant l’autre. Cela peut passer, mais surtout, ne pas faire l’erreur de positionner une personne avec le dos à la foule et l’autre juste en face. Dans ce scénario, la première personne cache ses propres expressions et limite la projection de sa voix, alors qu’elle bloque aussi son partenaire de la vue du public.

Au lieu, on devrait se tourner pour que les deux aient la foule à leur côté. Comme ça, les deux personnes sont quand même face-à-face, mais il n’y a plus rien de bloqué. On peut même tourner son corps d’un angle, pour que l’on puisse mieux voir son devant, au lieu d’être parfaitement perpendiculaire aux spectateurs. Cela amène un sens d’appartenance à la foule, comme si elle fait également partie de la conversation, alors que l’inverse peut donner l’impression d’une conversation plus privée. De manière similaire, si on a une discussion entre un plus grand groupe, on devrait éviter de se positionner en cercle fermé. Il serait plutôt mieux de se mettre en forme de demi-cercle ou de croissant, afin que tout le monde puisse être vu de manière claire.
Un autre scénario dont il serait difficile de rester face au public, que j’ai moi-même vécu récemment, serait le suivant. Dans l’impro, les moteurs faisaient du porte-à-porte, et se situaient debout contre la bande en avant de l’arène. Je suis donc entré par la suite comme répondeur, ouvrant la porte après qu’ils ont cogné. Mais puisqu’ils étaient déjà contre la bande et face au public, je n’avais pas beaucoup d’options où je pouvais me positionner. Je suis donc resté un peu plus loin derrière eux, entre les deux, et nous avons tous gardé notre regard vers le public.
Ceci fonctionnait, puisque c’était déjà clairement établi que les moteurs se trouvaient devant une porte. Et moi qui ouvre la porte derrière eux avait établi clairement que c’était à moi qu’ils cognaient. Ce n’est pas grave si en vraie vie, une personne n’apparaît pas derrière soi lorsque l’on cogne à la porte. Le public, par les indices de contexte, va presque toujours comprendre ce qui se passe, même si la mise en scène est plus abstraite.

Incorporer la position neutre
La position neutre, en improvisation, est la position que l’on assume lorsque l’on veut se sortir de la scène, pour indiquer clairement que l’on n’en fait plus partie pour le moment. Typiquement, on va aller s’accroupir derrière la bande, pour être hors de la vue du public, ou bien, dans certains tournois, ligues, ou matchs, on a le droit d’aller se rassoir sur le banc. Mais, il y a d’autres moyens d’être « neutre » dans une scène, sans nécessairement se retirer de l’image.
On peut, par exemple, prendre avantage des coins opposés dans l’arène et d’un mur métaphorique pour montrer deux scènes séparées qui se passent simultanément. J’ai une autre impro en tête où j’étais serveur pour deux clients à un restaurant, et donc je devais faire du va-et-vient entre eux et la cuisine, où le chef préparait la nourriture. On a donc deux environnements séparés (le plancher du restaurant et la cuisine), mais qui existent dans le même moment. Ainsi, il y avait un groupe qui se situait dans un coin de l’arène, et l’autre dans l’autre coin. Un groupe aurait pu se cacher derrière une bande pendant que l’autre se parlait, mais ce n’était pas nécessaire ici.
Pour que ceci fonctionne, par contre, il faut que ce soit bien fait. La chose la plus importante, c’est de maintenir une écoute active. Pendant que l’on attend son tour de parole, on doit s’assurer d’absorber l’information qui est donnée par l’autre côté pour que l’impro reste cohérente. Mais, on ne devrait pas être en train de regarder l’autre groupe, car cela briserait le mur établi entre les deux environnements. Au lieu, on devrait quand même continuer de mimer les actions que l’on faisait avant d’arrêter de parler. Dans l’exemple précédent, quand on se concentre sur le groupe opposé, les clients continuent de lire le menu, manger, et discuter, alors que le chef, lui, devrait continuer de cuisiner. Aussi, on doit savoir quand céder la place à l’autre, et quand reprendre la parole. Si tout le monde essaye de parler en même temps, l’information devient floue et on ne sait plus sur qui on devrait se concentrer. Ça devient désagréable pour les interprètes, tout comme le public.

Pourquoi améliorer sa mise en scène
Une bonne mise en scène peut parfois être l’élément qui transforme une bonne impro en une excellente impro. Le public sera souvent impressionné quand le positionnement des interprètes et les interactions avec l’environnement sont bien pensés et créatifs. C’est ce qui rend la scène plus immersive et dynamique. Bien sûr, ce n’est pas chaque impro qui nécessite une mise en scène complexe pour réussir, et il y a plusieurs autres exemples de mises en scène que ceux qui ont été mentionnés. Mais peu importe comment subtile ou évidente qu’elle est, une bonne mise en scène ne peut qu’améliorer l’impro.
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