Par Michel M. Albert
Si on a fait de l’impro longtemps, on se sera fait expliquer – à l’écrit ou à l’oral – un grand nombre d’À la manière de. Si on a arbitré longtemps, on aura eu à expliquer un grand nombre d’À la manière de. Et de temps en temps, on se fait expliquer une ALMD ainsi :
« C’est une comédie » ou « C’est un drame. » Et puis, « les personnages ont un conflit », uh-huh. Oh, et de plus, « les thèmes de l’auteur en question sont… » Ouais… Alors une improvisation libre avec un thème imposé… comme toutes les improvisations de catégorie libre!
Certes, il y a un problème ici avec l’explication qui ne réussit pas à faire l’ALMD se distinguer de la libre (ou de l’humoristique, ou de la dramatique), mais l’arbitre en question doit reculer à l’étape précédente et se demander : « Est-ce que le thème que j’écris est vraiment une À la manière de? »

L’ALMD est une occasion de faire jouer une impro qui se démarque par son style. Le public doit croire qu’il a vu quelque chose de différent qui n’aurait pas normalement été évoqué par une des autres catégories. Sinon, à quoi bon? Le problème survient dans le choix d’un auteur spécifique. Tous les écrivains et cinéastes ne sont pas des stylistes, et créent plutôt dans un mode « réaliste » (ou pour la comédie, dans un mode qui s’apparente aux sketches qui ressemblent à nos improvisations). Si leur « style » (ou « manière ») se résume à un ensemble de thèmes (ex. : la pauvreté, l’amour, la crise d’adolescence), pourquoi ne pas tout simplement évoquer ce thème dans le titre (possiblement avec une catégorie de ton, soit l’humoristique ou la dramatique)? Si votre explication de Sergio Leone ou Louis L’Amour est la même que vous donneriez pour « À la manière d’un western », pourquoi donner une ALMD spécifique plutôt que la générique?
On pourrait dire la même chose d’auteurs qui décrivent une certaine époque ou un certain milieu. Si tout ce qui démarque l’auteur est que ses histoires se passent à Montréal dans les années 50, ben, il est possible de mettre « Montréal 1955 : » devant le thème (ou même sans autre thème). Il est vrai que des joueurs astucieux (pour être gentil et ne pas les appeler des trolls) peuvent déjouer un tel thème (peut-être moins en dramatique), mais reste que l’improvisation qui résulte d’une telle ALMD sera plutôt libre/dramatique + une question de lieu/époque (qu’on ose espérer sera assez familière aux joueurs pour qu’ils puissent la rendre adéquatement).

Dans la confection d’ALMD, la FORME est, en fait, plus importante que le SUJET. Pourquoi? Parce que le carton de thème a déjà une rubrique-sujet – c’est le titre. Une ALMD qui ne comporte que du contenu thématique (ou spatio-temporel), ce n’est qu’un sujet par-dessus un sujet. L’arbitre doit plutôt chercher des auteurs qui donnent aux joueurs l’occasion de raconter d’une DIFFÉRENTE FAÇON. Oui, le TON fait aussi partie de l’ALDM, mais il faut s’assurer que le ton recherché (par exemple, le suspense) n’est pas déjà une évidence de la dramatique ou de l’humoristique, nos catégories normales de « ton ».
Dans l’effort de raconter différemment, l’arbitre peut aussi offrir un soutien en changeant les règles du jeu. Imaginons une ALMD d’une personnalité radio – l’arbitre fait les joueurs se cacher derrière la bande avec un micro. Imaginons une ALMD d’un comédien de Vaudeville – l’arbitre a accès à un gros spot lumineux au centre de la scène. Imaginons un tragédien grec qui nécessite un cœur – l’arbitre fourni des escaliers qui sert de promontoire à ce cœur, ou même des masques que les joueurs peuvent porter comme les acteurs de l’Antiquité. Hitchcock? L’arbitre s’engage à faire une entrée sur scène comme figurant, comme le célèbre metteur en scène le faisait.

La catégorie ne doit pas faire le travail du thème. La catégorie change l’univers de l’impro, créant des mondes où on chante, on rime, on bruite, on mime, où on a un accessoire ou de la musique… Alors avant de créer une ALMD basée sur l’auteur que vous lisez présentement, posez-vous la question : Est-ce que ça crée un univers dissimilaire à la libre et aux autres catégories qu’on utilise couramment? Votre livre peut être ben bon, mais s’il raconte comme on est habitué à raconter, il n’est tout simplement pas matière à catégorie.
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