Maîtriser la catégorie ne suffit pas

Par Isabel Goguen

Faire plusieurs choses à la fois n’est pas évident. C’est facile d’accidentellement se concentrer à réussir une partie d’une tâche, laissant le reste complètement de côté. C’est grâce à ce phénomène que je me retrouve régulièrement avec la moitié d’un souper cuit à la perfection. En improvisation, on peut voir cette tendance faire surface lorsque certaines catégories sont annoncées, à un tel point qu’il est possible de croire que ces oublis sont intégraux à leur déroulement ou encore, une limitation de celles-ci. Les catégories visent ajouter une variété au spectacle en faisant briller un aspect du jeu ou en mettant en valeur une habileté spécifique propre aux improvisateurs. Bien que les catégories soulignent un élément en particulier, elles demeurent des improvisations et, comme les libres, ont besoin de fondations solides pour être explorées à leur plein potentiel.

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On se complique énormément la vie lorsqu’on se lance dans une catégorie sans créer une histoire ou des personnages. Ça semble évident, et pourtant, il n’est pas rare de voir, par exemple, une rimée où deux joueurs s’échangent de belles phrases poétiques sans définir leur personnage ni faire évoluer la situation significativement. En développant activement le narratif et le cheminement des personnages, on s’alimente de nouvelles idées et découvre des opportunités utiles à la réussite de la catégories telles que, dans cet exemple, des pistes pour les prochaines rimes.

L’improvisateur qui développe un lieu précis, même en catégorie, s’offre non seulement une source d’inspiration continue, mais renouvelle le type d’histoire que l’on présente normalement dans ces improvisations. Dans le cas d’une dramatique, par exemple, trop souvent le scénario se déroule dans un appartement générique ou dans un néant. Mais que ce passe-t-il pendant une dramatique dans un parc d’attractions? Sur une plage? Ou encore dans un lieu plus imaginaire? Des endroits plus inusités suscitent de nouveaux conflits, de différents personnages et des interactions plus originales. L’intégration d’un style ou d’un ton peut également servir à s’éloigner des clichés de catégories. Ça représente bien sûr un défi supplémentaire, mais ces ajouts peuvent injecter beaucoup de créativité dans l’improvisation et lui assigner une approche et une motivation plus pointues guidant les improvisateurs en jeu. Pourquoi pas explorer une rimée dans le style d’un film d’action? Ou une chantée à la manière d’une œuvre de science fiction? Les improvisations avec catégories ont le droit de sortir à l’extérieur des paramètres traditionnels! 

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Parfois, le focus est tellement centré sur le défi verbal qu’on oublie complètement de bouger! Le jeu physique enrichie son improvisation en faisant appel aux mouvements pour ajouter de l’énergie à une improvisation strictement verbo-motrice, établir un rythme et une musicalité à l’aide d’actions répétitives, ou donner une courte pause aux joueurs afin qu’ils puissent réfléchir à ce qu’ils feront et diront par la suite. Une catégorie axée sur le verbal requière bien sûr que l’on mette la parole à l’avant-scène, mais ne nécessite pas que toutes les secondes y soient dédiées sans arrêt. Il y a de la place pour mimer une action faisant avancer l’histoire ou pour prendre le temps de vivre une réaction émotionnelle en silence. Ça permet à l’improvisateur et à l’improvisation de respirer.   

Une improvisation avec catégorie s’appuie sur toutes les habiletés de l’improvisateur, et non seulement celle mise à l’honneur. Sans faire usage de tous les outils à sa disposition, on rend ces défis encore plus difficile à relever!

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