Le cliché de tournoi

Par Michel M. Albert

…et par extension, le cliché de ligue.

Quand on pense au cliché, on voit habituellement la punition comme celle d’un avocat de droits d’auteur. S’il est légalement et moralement mal de « voler » la propriété intellectuelle d’une autre personne dans le monde extérieur à l’impro, il va de soi à l’intérieur. Après tout, l’improvisation est un art comme les autres et même si son contenu n’est pas particulièrement protégé (voir l’article à ce sujet), elle doit suivre les mêmes règles que les autres. Et donc, quand un joueur emprunte une joke à un humoriste ou à une émission comique, ou alors les paroles d’une chanson connue, voire même trop d’éléments d’un film, livre, etc., l’arbitre lui rappelle ses responsabilités face à la propriété intellectuelle à travers une punition.

Mais ce n’est pas le seul cliché possible.

Un des aspects importants de l’impro-match est la variété, et l’arbitre a comme tâche de protéger et encourager cet aspect à travers ses thèmes, catégories, etc. Mais aussi à travers la punition de cliché. Dans un tournoi (et à plus longue haleine, dans une ligue), il faut s’efforcer de présenter un spectacle de variétés sur un temps donné. Un tournoi se veut très concentré, soit plus d’une douzaine de matchs sur moins de trois jours. Si on se répète dans ce court laps de temps, le public le reconnaît et s’ennuie. De plus, on trahie les valeurs du jeu parce que seulement dans la nouveauté pouvons-nous trouver la véritable improvisation.

Et ainsi, les arbitres pourront décider qu’on a assez vu de « jokes de [nommez l’actualité du moment] », de références au premier ministre, ou de gags où on tranche tout, même nos sandwichs, avec une scie motrice (un cliché commit par la LNI une de ces saisons maintenant lointaines). Bien que le gag ne soit pas issu d’une source publiée comme le cliché traditionnel, il reste néanmoins un cliché. Une répétition. Et si le même joueur ou la même équipe se répète ainsi, de match en match ou pire, d’impro en impro, on parlera aussi de béquille. La personne n’improvise plus, elle se fie à des raccourcis, des formules – ce n’est plus vraiment improvisé.

Le phénomène est tout de même intéressant. Pourquoi un match, avec des équipes différentes en jeu, trouverait-il moyen de revenir à des thématiques déjà utilisées dans le même tournoi? Il y a une sorte de virus psychique qui s’installe pendant un tournoi. On entend quelque chose, on l’a en tête, du moins inconsciemment. On est dans un caucus ou une improvisation, on doit dire la première chose qui nous passe par la tête, et on ramasse cette idée qu’on vient de voir, et elle sort toute seule. Pour éviter le cliché, le joueur doit apprendre à faire le tri automatiquement, et rejeter les idées qu’il identifie comme « virus ».

Car l’arbitre et le public ont aussi le virus, et c’est ce qui les aide à réaliser qu’on a déjà fait le tour de la question…

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