Par Anthony D.D. LeBlanc
J’ai peut-être tort, mais il me semble qu’à chaque fois que ces quatre mots – « sans limites ni frontières » – franchissent les lèvres d’une personne arbitre, ce ne sont que les plus jeunes et énergétiques qui se réjouissent. À partir d’un âge encore indéterminé, l’annonce seule de cette catégorie suffit à déclencher les premiers symptômes d’un torticolis. À force de regarder les têtes de nos pauvres spectateurs se tourner jusqu’à se dévisser, je me suis demandé : comment est-ce que je peux les aider à garder leur tête sur leurs épaules?

La sans limites ni frontières (abbr. SLNF) est à la fois source d’excitation et d’appréhension, grâce aux opportunités innombrables qu’elle offre. Je ne réclame pas avoir dompté la bête que cette catégorie représente. Loin de là, je n’oserais même pas dire avoir maîtrisé toutes les nuances d’une libre. Après tout, il ne faut pas acheter d’ours avant d’avoir eu sa peau (je crois). Bref, je tiens simplement à vous partager un conseil qui m’a aidé à mieux penser à la SLNF.
Dans quelconque catégorie à l’improvisation, il semble plaire aux êtres zébrés de mettre l’emphase sur celle-ci. D’où l’importance du bruit dans une sans paroles ou, du visuel dans une fixe. On vous a peut-être déjà critiqué dans une impro avec accessoire, pour avoir créé une histoire qui ne mettait pas assez en valeur l’accessoire. De là est né mon conseil tant attendu : dans une SLNF, tout comme dans une avec accessoire, la vedette n’est plus le joueur, mais la salle. En d’autres mots, une SLNF n’est, en fait, qu’une avec accessoire qui porte une fausse moustache. L’accessoire y devient simplement la salle-même où se joue le match.

Pour bien réussir une SLNF, selon moi, il suffit de mettre son attention sur le potentiel de la salle : quoi d’autre peut-elle être? En se concentrant sur les propriétés de base de la salle, on peut facilement tisser des liens avec des endroits, ou même des concepts, similaires. En pratique, j’aime donc utiliser la même approche que dans une avec accessoire : choisir une qualité de l’objet/salle et puis choisir quelque chose de différent qui possède aussi cette qualité.
Par exemple :
L’accessoire est une assiette circulaire;
+ Le soleil nous apparaît aussi circulaire;
= l’assiette pourrait servir de soleil radieux!
Dans une SLNF ce processus pourrait ressembler à ceci :
La salle est un vieil amphithéâtre en pente très prononcée;
+ Le mont Everest est aussi une célèbre pente prononcée;
= Nous sommes sur le flanc enneigé (poussiéreux) du mont Everest, le camp de base (la bande) à des kilomètres (quelques marches) derrière nous, sur le point de mourir de froid (recevoir un statisme). Pardon, je me suis laissé emporter.

Cette logique n’a pas besoin d’être hyper-complexe. Parfois, un simple : « salle=rouge, lave=rouge, donc nous=dans la lave, oh non! » suffit à provoquer les rires de soutien de Franç Desrosiers (ou autre personnage vocalement jovial) au fond de la salle. On découvrira qu’en choisissant une qualité de l’objet/salle, l’improvisation sera mieux ancré dans un endroit spécifique au lieu de littéralement tourner en rond sans créer une point de repère pour le public. Et voilà, torticolis éliminés.
Je n’ai clairement pas réinventé la roue ici, mais j’espère que cette analyse vous est pertinente. Reste que la beauté de l’impro est aussi dans l’interprétation que chacune des règles. Mon opinion m’est mien et il est libre à vous de faire vos SLNF comme son nom le prescrit. Une seule et unique demande de ma part : arrêtez de courir en rond autour de moi.
Du haut de mon cou endolori et de ma tête étourdie,
– Anthony
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