Par Michel M. Albert
À la fin des années 90, début des 2000, la Ligue d’improvisation du Campus universitaire de Moncton (la Licum) avait une liste d’envoi par courriel assez animée – on n’avait pas encore les médias sociaux d’aujourd’hui – et une de ces « animations » était le P’tit Albert – un dictionnaire qui proposait un mélange de mots qui faisaient partie de l’impro depuis ses débuts, et de néologismes créés depuis, et surtout utilisés par la Licum et ses penseurs (si on peut dire qu’il y en avait). Parfois informatives, parfois moqueuses et humoristiques, parfois les deux, ces définitions ont été compilées sous le titre du « P’tit Albert », en hommage au Pas Si Petit Robert en usage commun. Aujourd’hui, on regarde les dix premières définitions et on commente – est-ce que ça encore du bon sens aujourd’hui, ou est-ce que le concept a évolué ou été remplacé? (Les dates au bout de chacune sont celles de la publication originale.)

4E MUR, LE : n.m. Le mur invisible qui sépare le public d’une impro, habituellement, à l’avant des bandes. On peut « briser » le 4e mur en parlant au public ou en les remarquant pour ce qu’ils sont vraiment. 23/11/99
Commentaire : Le concept existe depuis l’avènement de l’impro, donc existe encore. En fait, je trouve que j’en ai fait une carrière. Peut-être même un peu trop.
4 VÉRITÉS (1) : Exercice d’improvisation pendant lequel l’entraîneur (et peut-être les membres plus anciens d’une équipe) donne à chaque membre d’une équipe (ou groupe d’entraînement) ses forces et ses faiblesses en impro. L’exercice se fait devant le groupe entier, et en parfaite honnêteté. 22/02/00
4 VÉRITÉS (2) : Exercice d’improvisation qui sert de 2e volet aux premières QUATRE VÉRITÉS et qui demande à chaque membre du groupe de partager ses opinions sur chaque autre membre. Favorise la confiance entre les membres d’une équipe, et sert à régler les petits accrocs sans conséquents qui existeraient entre des membres. Aussi appelé LOVE-IN. 22/02/00
Commentaire : Quand j’étais entraîneur de l’équipe-étoile de l’UMoncton, il s’agissait de la première et de la dernière pratiques de l’année, format que j’ai hérité de Robert Gauvin qui était à la tête de l’équipe auparavant. L’honnêteté de la première de ces sessions a, bien que très rarement, déjà fait quelqu’un quitter le processus de sélection. Ceux qui ont tenté l’expérience avec des joueurs plus jeunes ont eu encore plus de misère. Aujourd’hui, l’impro est plus « gentille », et les entraîneurs utilisent davantage la deuxième version, sans plus.

7 PILIERS DE L’IMPROVISATION : Concept regroupant et ordonnant les 7 (chiffre magique) atouts les plus importants (pour ne pas dire primordiaux) de l’improvisateur. Ils sont :
1. Le respect
2. L’écoute
3. La disponibilité
4. L’efficacité
5. La vérité
6. L’écriture
7. La culture 10/10/00
Commentaire : La définition a dû être modifiée après octobre 2000, parce qu’à l’époque, on avait appelé l’efficacité la rapidité, mais il est aussi possible que le changement ait déjà eu lieu. Cet outil pour enseigner l’impro est devenu le standard au Nouveau-Brunswick, fait l’objet de plusieurs conférences données à des groupes Jeunesse, et même été imprimé sur des t-shirts. À ma surprise, les sept termes n’ont pas leur propre définition dans le P’tit Albert (mais ont chacun leur article détaillé sur ce blogue).
8E PILIER : Dalpé 14/10/00
Commentaire : Aussitôt qu’on écrit une liste de termes au tableau, y’a un innocent qui va aller ajouter des termes quand on a le dos tourné. Ainsi, à une pratique d’équipe-étoile, quelqu’un a inscrit le nom de Dominic Dalpé, un des joueurs, à la liste. Un 9e pilier, l’hygiène, y est vite apparu aussi.
ARBITRE EN CHEF : Le maître absolu du jeu. À la fois metteur en scène, arbitre, et joueur, cette personne assure la qualité du spectacle par ses directives avant et pendant le match, ainsi que par son propre showmanship. 28/02/00
Commentaire : Pas mal basique, mais on voit le style Licumien transparaître – l’arbitre donne une performance au même chef que les joueurs, ce n’est pas un rôle simplement administratif ou effacé.
ATTITUDE DÉCROCHÉE : Se dit d’un joueur qui a constamment un sourire sur les lèvres, ou un œil sur le public, si bien qu’il est difficile de déterminer si, effectivement, il a décroché de son personnage ou si l’attitude fait partie du personnage. 15/02/00
Commentaire : À l’époque, Mathieu Akerley était probablement l’exemple le plus évident, mais des personnes telles que Margot McKen l’ont depuis remplacé. En d’autres mots, il y aura toujours de ces improvisateurs pour qui être décroché est une marque de commerce.

BACKPUNCHER : v.i. (de l’anglais, back, arrière). Puncher (faire des punchs) par en arrière. La stratégie de laisser un joueur faire l’effort de construction dans une impro pendant qu’on fait des punchs inspirés des actions de ce joueur. Souvent, le constructeur de l’impro ne s’aperçoit pas qu’il perd l’impro parce que les punchs sont faits en retrait, dans son dos, et parfois, silencieusement (i.e., des expressions faciales, des gestes). Substantifs : BACKPUNCHAGE, BACKPUNCHING. 21/10/99
Commentaire : On utilise encore ce terme couramment, mais le mot s’est donné, et ce genre de comportement est plus souvent puni, ou dans les réseaux scolaires, dévalorisés par les juges de salle. Ça existe encore, mais on dirait que les « puncheurs » sont plus constructifs avec leurs interventions et « Frontpunch » (pour créer un autre néologisme).
BANDER : v.i. Monter les bandes. Par conséquent, DÉBANDER veut dire démonter les bandes d’impro. Ça veut aussi dire quelque chose d’autre, mais je préfère ne pas en parler. Un joueur qui n’aide jamais à monter ou démonter s’appelle un IMPOTENT. 4/11/99
Commentaire : Petite blague à l’insu de ceux et celles qui n’aident jamais à monter ou démonter, de la part de quelqu’un qui a monté et démonté bien des bandes sans aide. Le terme est encore utilisé, mais ça ne nous fait plus rigoler comme des enfants.
BENCHER : v.t. (de l’anglais) Subir une substitution, suspension ou interdiction (d’entraîneur ou de capitaine) qui résulte en ne pas jouer une impro, une période, ou un match. 24/02/00
Commentaire : On utilise encore le terme, bien qu’il semble contre-intuitif de le dire dans des cas où le joueur ne sera PAS sur le banc.
À la prochaine pour une autre dizaine de définitions.
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