Par Michel M. Albert
Aujourd’hui, on regarde dix autres définitions du P’tit Albert, ce dictionnaire de l’impro assemblé au tournant du Millénaire à la Licum, et on commente – est-ce que ça encore du bon sens aujourd’hui, ou si le concept a évolué, été remplacé, etc.? (Les dates au bout de chacune sont celles de la publication originale.)
LIGNES : n.f.pl. Abréviation pour Juges de Ligne. On parlera parfois de faire les LIGNES (jouer le rôle de juge de ligne), ou d’être LIGNE. 7/12/99
Commentaire : Je crois qu’on dit encore « faire les lignes », mais appeler quelqu’une une « ligne »? Bel effort, gens de 1999, mais on ne dit pas ça aujourd’hui.
MÉLODRAME : n.m. Ce que l’on atteint souvent en essayant de faire une improvisation dramatique. Caractérisé par des pleurs incessants et des personnages assiégés de problème par-dessus problème. (Voir : MAUVAIS.) 03/02/00
Commentaire : Il n’y a pas de définition pour MAUVAIS dans le P’tit Albert, mais on se comprend. On a fait beaucoup de progrès depuis les années 90, quand on voyait souvent des dramatiques où quelqu’un perdait ses deux parents, son emploi et son chien dans l’espace de quelques minutes. Aujourd’hui, on sent un plus grand souci, même dans les matchs scolaires, d’explorer différents sujets, genres et même tons à travers la catégorie. Ce qui n’empêche pas l’occasionnel mélodrame pleurnichard. Ce qu’on lui reprochait à ce temps-là : De ne pas être plus réaliste qu’une impro comique, dans le fond. Aujourd’hui, on cherche des modes différents du strict réalisme – plus de variété – mais on continue de froncer les sourcils au mélodrame. Eh ben.

MIRLITON : n.m. Véritable mot français pour un GAZOU. J’aimerais que ça soit une farce. Ne JAMAIS utiliser en présence d’un arbitre d’impro à moins qu’il ne l’aie fait en premier. Voir GAZOU. S’il vous plaît, allez voir GAZOU. Je vous en supplie. 25/01/00
Commentaire : GAZOU n’est pas dans le P’tit Albert pour autant, mais on se comprend. La différence, c’est que le gazou sert à punir; le mirliton est un instrument de musique avec donc une plus noble raison d’être.
MOTEUR : n.m. Habituellement le premier joueur a entrer dans une impro pour chaque équipe, celui qui est responsable de la construction de l’improvisation. Le personnage principal d’une improvisation. v.t. MOTORISER une improvisation. 27/10/99
Commentaire : Bien sûr encore utilisé, c’est à la base de la compréhension de la mécanique d’une improvisation. La définition est simple, mais claire.
PARENTHÈSES DU PERSONNAGE : Geste, interjection ou quoi que ce soit, qui annonce l’arrivée d’un personnage, puis signale son départ. Ex. : Mireille a joué un personnage qui renâclait (c’est-à-dire reniflait si fort qu’il avalait de la morve… Mireille, t’es dégueulasse). Elle a renâclé 2 fois : en arrivant, puis en partant. Parfois, la parenthèse n’a pas l’opportunité de se refermer. Ex. : Réjean Claveau se plaçait des seins et se maquillait toujours en entrant dans une impro comme personnage féminin. 30/11/99
Commentaire : Mireille Blanchard et Réj (Laplanche) Claveau offrent de véritables exemples, ici, mais je ne crois pas que le terme soit resté en utilisation courante. On ne voit que rarement des joueurs « s’annoncer », mais c’est quand même une bonne stratégie pour capter l’attention du public et des joueurs en jeu, surtout comme entrée de troisième joueur. « me voici, et le type de personnage que je m’apprête à faire, sans avoir à me présenter verbalement`». Très efficace.

PASSER SOUS LA CLÔTURE : Se sauver d’une punition, passer vraiment proche d’en pogner une et l’esquiver de près. Voir LA LIMITE. 08/02/00
Commentaire : LA LIMITE n’est pas dans le dictionnaire, mais on se comprend. Le joueur en question aurait probablement réalisé qu’il passait sous la clôture parce que l’arbitre se serait levé, gazou dans la bouche, en avertissement. Ce qui se passe vraiment dans la tête de l’arbitre : « Je la donne-tu? Ah, pis non. »
PERSONNAGE : n.m. Ensemble des caractéristiques incarnées par un joueur dans un même rôle pendant une impro. Dans le cas de certains joueurs, l’ensemble des caractéristiques communément appelé « eux-mêmes ». 15/11/99
Commentaire : Une belle petite chique à lancer à certains joueurs, comme moi-même (surtout à l’époque). J’aurais tendance à diviser les improvisateurs en deux grands groupes… Les comédiens qui peuvent changer de personnages d’impro en impro, et les vedettes qui ont essentiellement une version comique d’elles-mêmes qu’on revoit dans différentes situations (voir MARTINE À LA PLAGE, mais non, pas vraiment, mais on se comprend).
PITY POINT : n.m. (de l’anglais) Littéralement, point de pitié. Point accordé à une équipe qui est plusieurs points en arrière de l’équipe gagnante. Mystifie souvent l’équipe qui le gagne. Pour un exemple, surveillez n’importe quel vote quand le pointage est 4 à 1. 24/11/99
Commentaire : Est-ce que le point de pitié existe encore? Les juges de salle utilisés aux tournois scolaires se font dire de ne jamais en donner, mais plutôt d’évaluer chaque improvisation en isolation sur ses mérites. Le public ne répond pas à cette règle, mais la tradition de MONTRER le pointage (par exemple, sur la table de stats à l’arrière des bandes) n’existe plus. Le public ne sait donc PAS que c’est 4 à 1, et on se retrouve conséquemment avec de plus grandes probabilités d’un blanchissage ou du moins, de pointage très asymétrique.

PLOMBIER : n.m. (f. : PLOMBIÈRE) Joueur qui, sans être « le plus utile », « le plus étoilé » ou « le choix du public » lors d’un tournoi ou d’une saison d’impro, reste le joueur le plus polyvalent, toujours dans les « coins », toujours là pour appuyer son équipe. Un joueur qui fait un peu de tout, et ne refuse aucun défi. Est entré dans le lexique d’impro grâce à Réjean Claveau, qui a proposé le prix pour la première Gougoune organisée par la Licum. 31/01/00
Commentaire : Très récent au moment de la définition, ne remontant qu’à 1998. Bien sûr, le terme vient du hockey, vers la fin des années 70. On donne encore ce prix, et il est habituellement accordé par les officiels d’un tournoi, soit des experts qui comprennent bien ce que ça veut dire de faire de la bonne impro sans être reconnu comme vedette (les plus utiles et les plus étoilés). Aujourd’hui, l’Umoncton donne, en fait, une bourse d’entrée au plombier de la Gougoune Dorée, ce qui valorise ce type d’improvisateur encore plus. Merci, Rej Claveau!
POSITION NEUTRE : Position hors-jeu d’un joueur qui est entré en jeu au courant d’une improvisation, représenté physiquement par son allée au bas de la bande, caché de la vue du public. Un tel joueur est en flux constant, pouvant abandonner son personnage et se vêtir d’une autre. 18/10/00
Commentaire : Dans un format où il n’y a pas de bandes et on peut retourner sur le banc, on pourrait étendre la position neutre à même les joueurs sur le banc, car ils sont autant en flux. La position neutre a évolué tout de même. On se souvient d’un temps où, pour faire avancer le temps dans une impro, on adoptait la position neutre pour une seconde, comme si on avait besoin de cet « état de flux » pour faire passer cette transformation; un joueur vétéran pourra créer cet effet sans se baisser aujourd’hui.
À la prochaine pour dix autres définitions!
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