Hyprov : Une critique

Par Michel M. Albert

En 2015, la légende d’impro canadienne Colin Mochrie (Who’s Line Is It Anyway?) et l’hypnotiste ontarien Asad Mecci créent le spectacle Hyprov, un hybride de leurs deux disciplines. Ce spectacle sera travaillé à Second City, puis présenté au Festival Juste Pour Rire et au Festival Fringe d’Edinburgh en 2016. Hyprov part ensuite en tournée, visitant 50 villes nord-américaines entre 2019 et 2021, avant de se retrouver à Broadway pour quelque 70 présentations, puis à Las Vegas où on peut encore y participer. En 2025, un spectacle particulier à Oshawa fut filmé pour la CBC, qu’on peut visionner en tout temps sur le service de streaming, CBC Gem (si vous avez « le câble », vous avez accès à ce service en ligne).

La présentation télévisée est nécessairement composée de clips – on a largement coupé les éléments administratifs comme la mise sous hypnose, et choisi ce que l’on allait montrer – entrecoupés de courtes entrevues avec les participants. L’idée est simple : Des gens hypnotisés perdent leurs inhibitions et jouent des improvisations avec Mochrie. Incapables de dire non, ils réussissent en étant « dans le moment ». Ce que l’expérience me confirme, c’est que tout le monde peut jouer de l’impro. Ce qui arrête monsieur-madame-personne non-binaire tout-le-monde, c’est le trac, la peur d’être sur scène, l’idée trop bien ancrée que « j’peux pas faire ça, moi ». Si on enlève leurs mindkillers par hypnose, ces gens bien ordinaires peuvent soudainement jouer de l’impro (et pas toutes des faciles, on nous montre deux chantées – surprenant étant donné que Mochrie était le pire chanteur dans Who’s Line). Tout le monde sur scène n’a pas le même charisme, la même facilité, la même rapidité, ni les outils dont les véritables improvisateurs se dotent par expérience, mais c’est pourquoi on a Mochrie sur scène.

Ce n’est pas loin d’un spectacle d’hypnose normal, remarquez bien. Dans un tel spectacle, il est normal de voir les gens faire des niaiseries et ça peut être drôle. Ce qui manque, normalement, c’est quelqu’un qui sait comment la comédie fonctionne et qui peut guider le moment pour créer une histoire. Colin Mochrie est cette personne. Il négocie des thèmes avec le public, réagit comiquement aux propositions de ses partenaires d’impro, sait quelles questions leur poser pour faire avancer l’histoire, et construit autour des non-sens qui peuvent survenir dans ce type de format.

Ce n’est pas de la grande impro, mais c’est tout de même assez amusant. Comme tout projet d’improvisation, l’absurdité du format rend les choses drôles, même si elles ne sont pas jouées par des professionnels (on peut à peine les appeler des débutants). Et pour les vétérans du jeu qui regardent, il y a des leçons à apprendre sur le pouvoir d’y « croire » et de se rendre disponible. Les hypnotisés n’avaient pas le choix, nous oui. Suffit de s’auto-hypnotiser, ou bien tout simplement, de choisir d’y croire.

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