La puissance de la claque

Par Richard Larocque-Gauvin

L’exercice d’improvisation « l’impro-claque » est certainement une activité très populaire dans le milieu de l’improvisation. Elle est souvent utilisée en début de saison, notamment pendant un camp de sélection, ou encore au début d’une pratique comme activité de réchauffement. Elle est simple, rapide et demande peu de préparation. Toutefois, derrière sa simplicité se cache un exercice qui peut être beaucoup plus riche qu’un simple échauffement. Au fil de mes expériences comme entraîneur dans le réseau des écoles intermédiaires, j’ai découvert que l’impro-claque est excellente pour intégrer certaines catégories d’improvisation qui peuvent être plus difficiles pour les jeunes joueurs.

Qu’est-ce que l’impro-claque? Le principe est relativement simple. Deux improvisateurs commencent une courte improvisation à partir d’un thème donné. L’improvisation peut durer environ 30 secondes à une minute. Pendant ce temps, les autres joueurs observent la scène. Lorsqu’un joueur est inspiré par une position ou un mouvement d’un des improvisateurs, il frappe dans ses mains. Au son de la claque, les deux joueurs sur scène figent. La personne qui a claqué des mains prend alors la place du joueur dont elle s’est inspirée et commence une toute nouvelle improvisation à partir de la position dans laquelle les joueurs se trouvent. Par la suite, on répète le même processus. (Pour plus de détails, voir cet article.)

En tant qu’entraîneur dans le réseau des écoles intermédiaires, je travaille souvent avec des jeunes qui n’ont jamais fait d’improvisation. Pour ces joueurs, l’impro-claque est une excellente activité d’introduction. Elle peut être réalisée avec un petit groupe comme avec un grand groupe. Elle permet également de faire jouer les jeunes rapidement, sans leur demander de construire une longue improvisation. Pour un débutant, une improvisation de 30 secondes peut être beaucoup moins intimidante qu’une improvisation de plusieurs minutes. Le joueur sait qu’il n’a pas besoin de trouver une histoire parfaite. Il doit simplement jouer, écouter son partenaire, et accepter ce qui se présente.

Pendant les premières pratiques, l’entraîneur peut rapidement corriger certaines mauvaises habitudes de jeu, telles que ne pas parler assez fort, jouer dos au public, décrocher de son personnage, manquer d’écoute, ou refuser les propositions. L’impro-claque est également intéressante pour l’entraîneur parce qu’elle permet d’observer rapidement le potentiel des joueurs et l’aider à choisir son équipe-étoile. Elle permet de voir si un joueur a de l’écoute, de la spontanéité, de la créativité, de l’originalité et de la construction d’histoire et de personnage. L’impro-claque devrait tout de même être un outil d’observation parmi plusieurs autres, et non le seul élément utilisé pour évaluer un joueur.

L’utilisation de l’impro-claque ne se limite toutefois pas aux réchauffements ou à la période de sélection. C’est probablement dans l’intégration et le développement des catégories que je trouve l’exercice le plus intéressant.

Certaines catégories d’improvisation sont plus difficiles à pratiquer avec des jeunes de niveau intermédiaire. Par exemple, la chantée et la rimée peuvent demander beaucoup de confiance et de pratique. De plus, il n’est pas toujours facile de trouver des exercices permettant de travailler ces catégories. C’est ici que l’impro-claque devient particulièrement utile. Par exemple, pour une improvisation chantée, on demande aux joueurs de commencer l’impro en chantant. Ils peuvent simplement chanter quelques phrases avant qu’un autre joueur claque des mains et prenne la place de quelqu’un déjà en jeu. L’objectif n’est pas nécessairement de créer une chanson extraordinaire, mais plutôt de développer le réflexe d’utiliser la catégorie. À force de répéter de petites séquences, le joueur devient progressivement plus à l’aise avec la catégorie. Par exemple, avec la chantée, il découvre qu’il n’a pas besoin d’avoir une voix parfaite ou de trouver immédiatement une mélodie complexe. Il doit simplement oser commencer. Comme les séquences sont courtes, la pression est moins grande et les joueurs peuvent prendre davantage de risques. Comme entraîneur, vous pouvez même imposer une règle que chaque joueur doit participer aux moins une ou deux fois. De plus, l’entraîneur peut parfois claquer des mains et désigner un joueur lorsque personne n’ose le faire.

Pour les catégories sans paroles et sans sons, l’exercice demande une écoute encore plus grande. Comme les joueurs ne peuvent pas compter sur les mots, leurs gestes, expressions et déplacements doivent être beaucoup plus clairs, ce qui rend l’exercice plus difficile.

L’intégration de la catégorie se fait généralement mieux avec l’impro-claque, et les jeunes ont le temps développer leurs compétences avec la catégorie pratiquée. Avec le temps, j’ai remarqué qu’il ne faut pas s’attarder trop longtemps, dans une pratique, sur une même catégorie, surtout quand elle est difficile pour l’équipe, car le moral et la qualité de leur jeu peuvent être affectés.

Même si l’impro-claque possède beaucoup de qualités, il ne faut pas nécessairement l’utiliser à chaque pratique. Comme toute activité, elle peut perdre son efficacité si les joueurs la font constamment. Une activité qui était amusante peut devenir prévisible et perdre son côté stimulant.

Alors, si vous êtes rendu à pratiquer les catégories et que vous manquez d’inspiration, je vous propose d’intégrer la catégorie avec l’impro-claque. Vous pourriez être surpris de constater tout ce que vos joueurs peuvent apprendre à partir d’une activité aussi simple.

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